La Fabrique du Sud : interview de Maxime Jarne, directeur général

La Fabrique du Sud : interview de Maxime Jarne, directeur général

La Fabrique du Sud est la SCOP qui succède à Pilpa, entreprise de crèmes glacées de Carcassonne fermée par son propriétaire, le groupe R&R. Alors que R&R et Pilpa étaient sur le créneau des marques de distributeurs, les sociétaires de la Fabrique du Sud ont choisi de développer des crèmes glacées de qualité artisanale, utilisant si possible des intrants locaux, le tout dans une logique de préservation de l’environnement. En avril 2014, la gamme de glaces La Belle Aude était née. Quelques mois après la fin de la saison d’été, si cruciale dans ce secteur, nous avons souhaité interviewer Maxime Jarne, Directeur général et ancien syndicaliste CGT de Pilpa. Les notes de bas de page sont de la rédaction.

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Dans quelles conditions la SCOP La Fabrique du Sud est-elle née ?

Nous avons signé un protocole de fin de conflit avec R&R 1 en juillet 2013 et nous avons lancé la SCOP La Fabrique du Sud en avril 2014. Il s’est donc écoulé neuf mois entre ces deux dates, une durée symbolique : La Fabrique du Sud, c’est notre bébé ! Il nous a fallu passer toutes les étapes, concevoir des produits de qualité, réaliser un business plan sur trois ans pour convaincre les banquiers de nous suivre. Nous devions réunir environ 600 000 euros. Les salariés sociétaires ont apporté 400 000 euros. Le reste est venu de la Socoden 2 pour 60 000 euros, de la région pour 45 000 euros – pas encore totalement libérés – et d’un emprunt de 100 000 euros auprès du Crédit coopératif.

Dans notre activité, il ne fallait surtout pas rater la saison d’été. Fin avril nous réalisions les premières livraisons de notre glace La Belle Aude. Cela a été très rapide, sans doute trop rapide car on a vite été débordé. Avec 100 litres en cycle long, notre matériel de pasteurisation était trop petit. Nous avons rapidement dû acheter un pasteurisateur d’occasion de 300 litres début juin et avons mis les commerciaux en sourdine.

Vous avez néanmoins fait une excellente saison. Cela vous permet-il de vous payer correctement ?

Nous avions un Chiffre d’affaires prévisionnel de 620 000 euros et nous atteindrons probablement 700 000 euros à la fin de l’année. Mais ceci est insuffisant pour équilibrer l’entreprise. Nous estimons que notre point mort se situe aux environs de 2,4 millions d’euros, peut-être moins. Nous espérons l’atteindre dans trois ans. Je précise que ces anticipations de pertes sur les trois premières années sont intégralement financées. Nous avons donc été très prudents en matière salariale avec quatre niveaux de salaires à 1250, 1330, 1480 et 1800 euros nets, soit une échelle très réduite de 1,5. Par rapport à nos anciens salaires chez Pilpa, cela représente une baisse de 20 à 40 %. Les salaires restent un point très sensible. On en a encore reparlé lors de notre précédente AG. Nous aimerions bien sûr avoir de meilleurs salaires mais on ne peut pas se le permettre. Ça ne sert à rien d’augmenter nos salaires si c’est pour ensuite avoir à remettre au capital !

Vivre dans une SCOP, c’est quand même différent d’une entreprise traditionnelle. Quelles sont les avancées en matière démocratique ? Le syndicat CGT qui était si présent dans la lutte est-il toujours là ?

Nos commerciaux 3 ont dû apprendre à communiquer, notamment en interne. Pour que nous soyons collectivement capables de prendre les bonnes décisions, il faut toujours donner le maximum d’informations. On essaye de se réunir en Assemblée générale à peu près tous les quinze jours.

Du point de vue de la vie syndicale, nous allons prochainement élire le Délégué du personnel. On essaye de sensibiliser les gens au fait que c’est grâce au syndicat qu’on en est là. Je dois rappeler qu’à l’époque de Pilpa, nous n’étions pas tous syndiqués. Pour moi, dans le cadre d’une SCOP, le syndicat doit jouer un rôle de garde-fou. En tant que Directeur général, j’ai une préoccupation permanente, celle d’arriver à l’équilibre. Cela peut m’amener à prendre de mauvaises décisions et je serais content de pouvoir échanger avec un délégué syndical pour éviter cela.

Un message à l’attention des citoyennes et citoyens qui suivent votre expérience coopérative ?

La Fabrique du Sud ne se développera que si l’on reste tous solidaires. Solidaires entre nous bien sûr mais aussi avec notre environnement : nos fournisseurs, nos clients et les habitants de notre agglomération. En tant que travailleurs, nous devons être polyvalents : on peut être commercial tout en participant à la production. Enfin, nous devons développer une vision de long terme de façon à être toujours là dans quatre, cinq ans, dix ans et au-delà.

En terme de lien avec notre environnement, l’Association des Amis de la Fabrique du sud à un rôle particulier à jouer en terme de popularisation de notre démarche qui s’inscrit dans une logique d’Économie Sociale et Solidaire. Cette association est sociétaire de la SCOP et doit nous aider à renforcer nos fonds propres. Ils comptent souscrire 100 000 euros de parts sociales et vont immédiatement apporter 10 000 euros. C’est une première étape.

Notes:

  1. Le groupe qui avait racheté Pilpa en septembre 2011.
  2. Organisme de capital-risque du mouvement des SCOP.
  3. Qui sont d’anciens techniciens de Pilpa reconvertis dans la vente.